En quelques années, les voitures sans permis – aussi appelées quadricycles légers – ont conquis une part importante du marché de la mobilité urbaine en France. Leur croissance spectaculaire inquiète aujourd’hui les experts de la sécurité routière. Alors que leurs ventes ont doublé entre 2019 et 2024, leur implication dans des accidents graves, souvent mortels, augmente elle aussi à un rythme alarmant.
Ce qu’il faut retenir :
- Le marché français des voitures sans permis a doublé en 5 ans.
- En 2024, 445 accidents ont impliqué ces véhicules, pour 37 morts, soit un décès tous les 12 accidents.
- La mortalité est 33 % plus élevée que la moyenne nationale tous véhicules confondus.
- Des crash-tests récents révèlent une protection très insuffisante pour les occupants.
- Ces véhicules sont dépourvus d’airbags, d’ABS ou d’ESP.
- La réglementation actuelle ne les soumet pas à des crash-tests d’homologation obligatoires.
Un marché en pleine explosion, tiré par la Citroën Ami
Le marché des quadricycles motorisés, notamment légers accessibles dès 14 ans avec un simple permis AM, connaît une croissance fulgurante. En 2024, plus de 30 000 véhicules neufs ont été livrés en France, soit la moitié des ventes européennes selon AAA Data. Ce succès est largement porté par la Citroën Ami, modèle emblématique lancé en 2020, au design minimaliste et au prix abordable (à partir de 7 990 €).
Historiquement dominé par Aixam et Ligier, le marché a été revitalisé par l’arrivée de grands constructeurs généralistes comme Stellantis avec Citroën, Fiat ou Opel.
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Une hausse alarmante de la mortalité
Selon le bilan 2024 de la Sécurité Routière, les accidents impliquant des voiturettes ont causé 37 décès, contre 23 en 2023, soit une hausse de plus de 60 %. Ce chiffre, bien que représentant une part marginale des 3 193 morts sur les routes françaises, est inquiétant au regard du faible nombre d’usagers concernés.
À titre de comparaison :
- 1 décès survient tous les 12 accidents de voiturettes
- Contre 1 décès tous les 16 accidents en moyenne tous véhicules confondus
Le risque est particulièrement élevé hors agglomération, où les collisions avec des véhicules à grande vitesse laissent peu de chances de survie aux occupants de ces microcars.
Des crash-tests édifiants
Une émission allemande, Auto Mobil, en partenariat avec Dekra, a récemment mené des crash-tests frontaux décalés à 45 km/h sur deux modèles emblématiques :
- Aixam Crossline diesel
- Citroën Ami électrique (pré-restylage)
Résultat : bien que les structures des véhicules aient relativement bien tenu, les chocs sont potentiellement mortels pour les occupants. Aucun des deux modèles n’est équipé d’airbags, et la ceinture seule ne suffit pas à éviter des traumatismes sévères. La tête heurte le volant, le cou subit une extension violente, et dans le cas de l’Ami, le torse encaisse une grande partie de l’impact.
Selon les experts de Dekra, « il est très probable qu’un occupant n’aurait pas survécu » à ce type d’accident.
Spécifications minimales, équipements absents
Contrairement aux voitures particulières, les voiturettes ne sont pas soumises aux normes d’équipement obligatoires. Elles ne disposent ni d’airbags, ni d’ABS, ni d’ESP, et aucun crash-test n’est exigé pour leur homologation.
| Caractéristiques principales | Voiturette type (Citroën Ami / Aixam) |
|---|---|
| Vitesse maximale | 45 km/h |
| Poids à vide | 425 kg |
| Permis requis | AM dès 14 ans |
| Formation | 8 h théorie + 4 h conduite |
| Airbags | Non |
| ABS / ESP | Non |
| Prix | Dès 7 990 € (Ami) |
Aixam a déclaré que l’ajout d’équipements de sécurité rendrait impossible le respect du poids réglementaire. De son côté, Stellantis positionne l’Ami comme une alternative aux deux-roues, qui offrent encore moins de protection.
Des conducteurs très jeunes, peu formés
Le profil des usagers de voiturettes a radicalement changé depuis l’arrivée de la Citroën Ami. Près de la moitié des acheteurs sont mineurs, la plupart âgés de 14 à 17 ans, et leur formation se limite à 12 heures sans passage du Code de la route.
Cette méconnaissance des règles de circulation, combinée à une capacité de réaction limitée en cas d’urgence, augmente le danger. Pourtant, ces véhicules circulent dans le trafic routier aux côtés de voitures beaucoup plus lourdes et rapides.
Vers un durcissement réglementaire ?
Depuis début 2025, la norme Euro 5+ a freiné légèrement les ventes, de même que l’arrêt du bonus écologique pour les quadricycles. Mais ces véhicules restent accessibles grâce aux primes CEE. Leur attrait grandit aussi auprès des conducteurs ayant perdu leur permis (plus de 54 000 en 2023), qui peuvent ainsi continuer à rouler.
Face à l’augmentation de la mortalité et à l’absence de protection suffisante, les experts appellent à une révision de la législation. Des normes minimales de sécurité et des formations plus rigoureuses pourraient être envisagées pour limiter les risques, en particulier chez les plus jeunes.
Faut-il repenser les règles du jeu ?
L’essor des voitures sans permis en France soulève un dilemme : accessibilité versus sécurité. Si ces véhicules comblent un vide dans la mobilité urbaine, leur prolifération sans cadre réglementaire renforcé pourrait engendrer une crise sécuritaire. Il est temps que les pouvoirs publics se penchent sur cette réalité préoccupante, pour mieux encadrer un segment aussi fragile que populaire.
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